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21 mai 2010 5 21 /05 /mai /2010 20:40

numérisation0007Joseph Bodson (Reflets, Novembre-décembre 2009)

" Ce livre a une histoire. C'est en Espagne que Pascale Lora Schyns a fait la connaissance du petit-fils de l'auteur, Vicente Sanchez-Cano, lequel avait publié les poèmes de son grand-père, retenu cinq ans en prison par le régime franquiste à la fin de la guerre civile. Touchée par la beauté de ces textes, Pascale Lora Schyns obtint l'autorisation de les traduire en français, et n'eut de cesse de réaliser la publication de cette traduction. Voilà qui est fait aujourd'hui, en édition bilingue.

 

À leur lecture, on ne peut qu'acquiescer à l'enthousiasme de Pascale Lora Schyns : ces textes, dans leur discrétion, leur retenue, leur « pauvreté », entraînent très vite à l'adhésion du lecteur. Nous sommes bien loin ici  d'une certaine complaisance, de l'attendrissement sur soi, du « regardez-comme-je-souffre » auquel nous ont habitués certains romantiques attardés. Non, bien au contraire, on dirait que chez Fidolo Cano le séjour en prison, sans qu'il n'ait rien renié de ses idées, entraîne une sorte d'épuration, de réduction à l'essentiel. Une attention plus grande prêtée au moindre objet, au moindre bruit, à la moindre modification de la lumière :... de aquel intimo yoque habia olvidado, dans cette intimité retrouvée, p.24.

 

La mort elle-même envisagée, dévisagée, avec une certaine légèreté, une moquerie presque imperceptible :

 

¡Oh desgraciado !...A la noche oscura

 

le entregaste tu vida y tu locura

 

sin trastornos causar

 

¡descansa en paz y que la tierra sea

 

la madrea amante que te bese y vea

 

Y te pueda llorar!...

 

(Oh! Malheureux.../entre les mains de la nuit obscure/tu remis ta vie et ta folie/sans déranger personne;/repose en paix et que la mort soit/la mère aimante qui t'embrasse et te regarde/et qu'elle puisse te pleurer!...) (p.24)

 

On notera au passage comme la traductrice rend bien la nervosité, la concision du texte espagnol.

 

Certains de ses poèmes baignent dans une atmosphère froide, pure, un peu désincarnée. C'est comme une eau glacée, qui vous râpe la gorge :

 

La tarde de febrero sosegada/de brumas y de nieblas despejada/ante el cadáver la rodilla hincó//Y en los pliegues augustos de su manto/hecho de luz, de risas y de encanto/con ternura de madre lo envolvió ... (le soir de février/que n'encombraient ni brumes ni brouillard/s'agenouilla devant le corps.//Et dans les augustes plis de son manteau,/fait de lumière, de rires et d'enchantement,/l'enveloppa avec la tendresse d'une mère.)

 

C'est un beau devoir de piété poétique que Pascale Lora schyns a ainsi rempli, alors que la plupart d'entre nous ne songent guère qu'à mettre en lumière leur propre production. C'est, tout simplement et sans grandes phrases, l'honneur des poètes."

 

 

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